Livres-objets en lecture

À l’ombre des mots en fleur
Marc-Alain Ouaknin
Ce projet vise à réhabiliter le livre et la lecture. Redonner du corps au livre et à la lecture. Faire du livre un objet vivant. Faire de la lecture un moment de partage et d’échange. Le livre est un objet de connaissance : du monde et de soi. En cela, c’est un objet précieux qu’il ne faut pas minimiser.
D’ailleurs si on se penche sur l’étymologie du mot livre on s’aperçoit qu’il vient du mot grec biblos « écorce intérieure »
Nous cherchons à dépasser cette idée que le livre est un objet froid, un objet d’élite. Pour cela, nous jouons sur sa forme, sa matière qu’on rend ludique par le simple fait qu’il soit maniable. Le livre-objet est comme une malle dans laquelle on est amené à fouiller pour trouver les trésors cachés.
Le corps ne reste pas à l’extérieur de l’histoire, il est invité à créer l’histoire en se déployant avec les mots. Le corps trouve les mots qu’il tend à la voix. En cela, ce travail se rapproche de la poésie sonore.
Avec ce projet, nous cherchons à toucher un très large public qui s’étend des enfants aux personnes âgées.

Dans Bibliothérapie Marc-Alain Ouaknin parle du lien entre la lecture et le rêve. Pour lui « le rêve est un texte, un livre ouvert à l’interprétation. » Pour nous le livre-objet ouvre un espace semblable au rêve, un espace dans lequel le lecteur ou l’auditeur peut laisser errer son imagination jusqu’à trouver les signes qui font sens en lui.
Par ce projet nous défendons l'idée que la lecture est une pratique poétique « au sens où il revient d’éveiller et de réveiller (dans la parole) toute la signification temporelle de la langue, d’en attaquer les sédimentations sémantiques pour entendre quelque chose des objets du monde. » M-A Ouaknin
Il s’agit d’introduire du souffle, un mouvement d’espacement dans les mots.
Dans ce projet de lecture, l’oralité est envisagée comme un moyen de développer l’imaginaire.
Donner à entendre des histoires par la lecture de livres qui se déploient dans l’espace c’est rendre toute sa liberté aux mots. C’est favoriser une lecture créatrice qui ouvre sur des paysages inconnus, des espaces nouveaux qui engendrent des modes de pensées nouveaux.
Les mots qui servent de support à la pensée doivent être employés dans toutes les positions possibles, dans les locutions les plus variées ; il faut les tourner, les retourner sur toutes leurs faces, dans l’espoir qu’une lueur en jaillira ; les palper et ausculter leurs sonorités pour percevoir le secret de leur sens.
V. Jankélévitch
Mené sur des chemins sensoriels où la vue occupe une place restreinte, le corps écoute et s’imprègne de l’histoire qui lui est racontée et finit par se l’approprier.
À ce jour, Le ventre des choses défend deux projets de livres-objets mis en lecture : L’écrit d’absence et huit petits contes zen.
L’écrit d’absence

L’écrit d’absence est un livre-objet né d’une correspondance poétique entre Betty Bertrand et Eric Bézy. Actuellement, les deux artistes travaillent à la mise en espace et en voix de leurs textes.
Le filigrane se tisse autour de deux lecteurs qui déploient les facettes d’un cube entrouvrant ainsi les portes de leur correspondance. Correspondance qui est née de l’absence, l’absence qui génère l’envie d’écrire, de ponctuer le temps par des textes poétiques qui contextualisent les deux protagonistes dans leur univers respectif (réel ou fictif) à un moment donné du jour ou de la nuit. En effet des rendez-vous d’écriture ont pu être donnés, chacun écrivant alors à la même heure dans un lieu et un contexte très différents.
8 petits contes zen
Les contes dénouent la parole, délivrent la bouche, les ouvrent à la fécondité.
Rabbi Nahman de Braslav.

Nous sommes partis de huit contes tirés du livre d’Henri Brunel Les plus beaux contes zen » pour créer cette petit forme de lecture livre-objet.
Huit petits contes zen, est un voyage onirique et philosophique où se côtoient rêve et réalité ponctué d’impressions tactiles.
Chaque conte est conçu comme un élément scénographique avec lequel le lecteur va jouer pour trouver les mots. C’est l’acte du lecteur qui engendre le texte.
Par exemple : un des contes est écrit sur des cannettes à fils, il faudra empiler les cannettes pour qu’apparaisse le texte.
Cette petite forme fait partie d’un projet : À chacun son théâtre. Projet qui s’adresse aux personnes voulant accueillir des lectures poétiques chez elles. Elles gèrent alors leur petit théâtre en choisissant leur forme et leurs invités. Ce projet s’adresse également aux structures (écoles, maisons de retraite, hôpitaux, bibliothèques…)