
Choses qui s'échouent
Je vis dedans.
Vieux roseaux morts
Echoués sur les bord du lac
Je m'enroule dedans
Je vis dedans, un temps.
Je peux le faire,
Ça ne me fait pas peur.
Les coquilles échouées dans la rivière.
Pas d'escargot dedans.
Toutes nettoyées par l'eau bouillonnante.
Je vis dedans, un temps.
Quelque chose
Toute chose
Choses qui s'échouent
Je vis dedans.
Alors maintenant je me promène
Avec des bruits d'eau dans les oreilles.
Bruit de petit ruisseau
Bruit de rivière vive
Le bruit des vagues sur un lac.
Je marche vers elles.
Oh ! Que des choses s'échouent encore
Pour que je vive dedans !
(chant des indiens Crees)

Je marche sur la pointe de
mes yeux
Je chante avec la langue de
mes pieds
Écoute
un écureil passe
dans notre cœur
un écureil devient 
le verbe qui ensilence
le mort
qui nous possède
La bouche est une oreille qui voit
Parfois la parole
imite les pieds
pour perdre les oreilles
qui l'entendent
Voici que je parle
avec mon imperméable
maintenant que je suis
qu'un peu de pluie

La pierre jette la pierre
sur le chemin
et le chemin enroule sa tête
sur mes souliers
puis avale sa poussière d'amour
autour de la pierre
Serge Pey

maintenant le jour
les yeux nus
et quelqu'un
a repeint mon plafond de choses
et déjà je n'y vois plus
Lorand Gaspar

Syllabes
Battues par les vents : respiration
Jusqu'à
La dernière profondeur des terres.
Le vent qui monte
s'élève
entier dans le chant, suspendant
le cri
heurtant la langue : parole
qui se hisse
vers la pleine page du jour

il y a un rêve
De mots
Sans fin, de mots répétés jusqu'au palpable.
Yves Peyré

j'ouvre les yeux mais ce n'est pas voir c'est imaginer
les yeux écoutent, ils entendent le ciel qui leur raconte la terre
Jean-Luc Parant
Comme un caillou jeté dans l'eau,
le mot provoque des images mouvantes,
suscite des résonances, engendre la fascination.
J. Herman-Bretel